Solennité Christ-Rois de l’Univers/ Homélie/ Abbé Michel-Ange Bengone

L’Eglise catholique était unie en prière ce dimanche 25 novembre 2018, en la solennité de Christ-Roi de l’Univers. Nous vous proposons, en cette circonstance, l’homélie prononcée ce jour par l’abbé Michel-Ange Bengone, Secrétaire Général de la Conférence épiscopale du Gabon, en la paroisse Saint Pierre de Libreville.

Solennité du Christ-Roi de l’Univers.

Chers fidèles,

En ce 34è dimanche du temps ordinaire, dernier dimanche de l’année liturgique, l’Eglise nous invite  célébrer le Christ, Roi de l’Univers. Dans le Crédo, nous disons: « Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, Fils unique de Dieu… engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par lui tout a été fait« , d’une part, « Il reviendra dans la Gloire pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin« , d’autre part. Ceci signifie que tout a été créé par le Christ et pour le Christ au commencement, et que tout s’achèvera par son règne définitif et éternel. Oui, Jésus est l’Alpha et l’Omega, le commencement et la fin de l’histoire des hommes; et, comme l’affirme la 2è lecture, il est Celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout-Puissant.

Nous savons que le Sauveur promis était appelé le Messie, c’est-à-dire Christ, et ce Christ c’est Jésus. Lors de l’Annonciation, l’Ange disait à Marie: « Tu vas concevoir et enfanter un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père. Il règnera sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin » (Lc 1, 30).

Dans la prière du Seigneur, communément appelée la prière du Notre Père, nous demandons que son règne vienne. Oui, frères et sœurs, Jésus règne et l’Ecriture le confirme: « Dieu nous a arraché au pouvoir des ténèbres, pour nous placer dans le royaume de son fils, qu’il a établi comme Roi de toute la création, lui, l’image du Dieu invisible. C’est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et les puissances invisibles… Tout est créé par lui et pour lui » (Col 1, 13-14).

Toutefois, nous pouvons constater que sa royauté est une royauté toute spéciale, unique en son genre. D’abord, il n’est pas roi d’une nation déterminée; sa royauté n’a pas de frontière comparativement aux royautés terrestres. Elle n’a ni commencement ni fin. Or, nous savons que d’autres rois terrestres sont élus, ou prennent la succession, et ce, pour un mandat.

Les textes que nous venons de lire soulignent la singularité de cette royauté. Nous nous attendions à voir le Roi Jésus assis sur un trône, entouré des gardes en faction avec des fusils et des motards, avec une foule scandant aux abords de son passage, entonnant des chants de victoire. Au contraire, l’Evangile nous présente un roi humilié, menotté, et qui doit comparaitre au tribunal d’un petit gouverneur comme Pilate.

Lui qui est Dieu, né du Vrai Dieu, engendré non pas créé, substantiel au Père et par lui tout a été fait, lui le créateur de tout ce qui existe, est aujourd’hui jugé par celui qu’il a créé, et qui est censé être son auxiliaire de commandement. Et il est présenté à la barre, sans avocat, et la décision du procès est connue: il doit être condamné à mort.

La royauté de Jésus, que nous célébrons aujourd’hui, m’oblige à établir une comparaison avec les royautés terrestres.

Les rois terrestres mettent des moyens financiers pour préserver et défendre leurs intérêts; ils construisent de grands palais avec des passages secrets pour fuir en cas de danger de mort; ils ont une sécurité bien constituée et un service de renseignement sophistiqué; des gilets pare-balles; des voitures blindées, climatisées, toutes options. Jésus-Roi de l’Univers n’a même pas un endroit où reposer sa tête. Tous les jours, il est à pieds pour aller de village en village, annoncer son règne; il n’a ni garde ni armée.

Ceux qui nous gouvernent sont dans l’opulence, ils organisent de grands festins et n’y vont que les gens de leur catégorie. Ils ont des comptes bancaires, des fortunes emmagasinées sur le dos des pauvres contribuables. Les makayas (pauvres, argot gabonais, Ndlr) n’ont pas la moindre place au soleil. Le Christ, par contre, dépouillé de tout, est celui qui multiplie le pain pour nourrir les affamés.

Nos gouvernants de la terre font sentir leur pouvoir, ils commandent en maîtres. Jésus, par contre, est celui qui lave les pieds de ses disciples, et il nous rappelle que « celui qui veut être le plus grand, qu’il soit le serviteur de tous« .

Nos gouvernants ont des titres ronflants: Son Excellence, Mr X, président de la République, chef de l’Etat, chef suprême des armées, fondateur du parti… Et ils sont tous assis sur de grands trônes, sinon des fauteuils haut de gamme. Jésus, par contre, est couronné d’épines comme insigne de sa royauté, et comme titre de sa royauté, l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.

Les rois de la terre inscrivent leurs noms dans l’histoire. Ils mettent des moyens pour leur propagande, les medias qui font leurs éloges. Jésus n’a que cette croix dressée sur le monde, et tous les passants le voient cloué.

Voilà l’unique media qu’il possède pour faire connaître sa royauté. Autrement dit, sa royauté est une royauté qui ne fait pas de publicité, elle est discrète et effacée.

Les rois de la terre se comportent comme des brebis mercenaires. Au moindre danger, ils prennent fuite et abandonnent le peuple à la merci de l’ennemi.

Face à Pilate, dans l’Evangile, Jésus aurait pu se sauver et se tirer d’affaire, mais il a accepté de mourir pour le salut du monde. Jésus va jusqu’au bout de sa logique. Il se montre solidaire des hommes et ce, même dans les situations les plus difficiles, les plus cruelles et les plus injustes. C’est aussi là le témoignage d’une grande fidélité à ses engagements. Lorsqu’on s’engage, on s’engage jusqu’au bout. Jésus affronte la mort à cause de ceux que le Père lui a confié. Il donne sa vie pour ses brebis et nous aime jusqu’au bout, nous enseignant que « aimer, c’est tout donner, et se donner soi-même« .

Lorsqu’un grand de ce monde meurt, les obsèques sont bien organisées, avec la participation de tous les hauts dignitaires, et chacun vient présenter ses condoléances sur un registre d’or posé à l’entrée. Les témoignages des uns et des autres sur le parcours du disparu sont élogieux, et les obsèques sont retransmises sur toutes les chaînes de télévision. Mais Jésus, lui, a été enterré dans la précipitation, dans l’anonymat, sans cloche ni trompette. D’ailleurs, le tombeau dans lequel il a été enterré n’était pas le sien, c’était celui d’un certain Joseph d’Arimathie.

Mais les choses deviennent intéressantes parce que, de tous ces rois terrestres, aucun d’eux n’est ressuscité après la mort. Ils attendent Jésus, le Roi qui viendra à la fin des temps pour juger les vivants et les morts.

Nous devons acclamer notre vrai et unique roi, car sa royauté est une royauté d’amour, et non l’amour de la royauté. C’est la royauté de la paix, « par son sang de sa croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel« ; royauté de miséricorde: il éprouve de la joie lorsqu’un seul pécheur se convertit, et il pardonne à ses bourreaux en disant: « Père, pardonne leur, car ils ne savent pas e qu’ils font« . Il pardonne également le larron repenti: « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis« . Et c’est pourquoi il peut nous dire: « Si quelqu’un te gifle sur la joue gauche, tends-lui la joue droite… Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent« . Voilà le Règne du Christ, le règne dans lequel nous devons nous reconnaître.

Frères et sœurs,

Le Christ, notre Roi, nous enseigne aujourd’hui que la dignité de l’homme ne se mesure pas à ce qu’il a, des cylindrés, des festins somptueux, des champagnes et caviar, car tout cela n’est que vanité. Job disait: « Nu, je suis sorti du ventre de ma mère, nu j’y retournerai » (Ps 48). Par contre, la dignité, la valeur d’un homme et de surcroît d’un chef, d’un leader, se mesure dans ce qu’il est. Pas l’avoir, pas le paraître, mais l’être.

Oui, Jésus est ce roi qui « est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20, 20). Mieux, le Christ nous apprend le sens de l’humilité, de la disponibilité et du service.

A l’exemple de la Samaritaine, courons dans les rues de notre monde, appeler les hommes à la rencontre de Jésus, le vrai roi. Invitons les roitelets de notre monde à prendre le Christ pour modèle, lui qui a su mettre l’homme au centre de sa royauté. Si les rois de ce monde mettent l’homme au centre de leurs politiques, ils accorderont une attention au bien commun, ils amélioreront les conditions de vie des populations, et les lois seront toujours en faveur du bien-être de l’homme, et pour son épanouissement.

Tous et sans exception, à l’exception de Jésus, soyons au servie des autres, et ne nous servons pas des autres. Soyons humbles comme Jésus, lui qui « ayant la condition de Dieu, n’a pas revendiqué le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. Devenu semblable à nous en toutes choses, excepté le péché, il s’est abaissé jusqu’à sa mort sur la croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom: Roi de l’univers. Afin que tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame: Jésus Christ est Seigneur, assis à la droite de Dieu le Père« .

Loué soit Jésus-Christ!

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