Saint Pierre & Saint Paul 2017/ Homélie Mgr Bonnet

L’évêque émérite du diocèse de Mouila, Mgr Dominique Bonnet, a célébré ses 51 ans de sacerdoce au cours d’une messe d’action de grâce, en la solennité de Saints Pierre et Paul. Cadre: la paroisse Saint Pierre de Libreville. Son homélie se veut conseil aux fidèles, et hommage aux précurseurs dans l’Eglise catholique au Gabon. Un extrait de cette homélie reprend les termes de celle prononcée par le jeune aumœnier aux armées, un 29 juin 1966…

Solennité de Saints Pierre et Paul/ Homélie de Mgr Bonnet, évêque émérite du diocèse de Mouila/ 51 ans de sacerdoce

Frères et soeurs bien-aimés,

Célébrer la fête de saint Pierre Apôtre, c’est reconnaître la puissance de Dieu, c’est célébrer les merveilles que l’Esprit de Dieu peut accomplir dans un coeur d’homme habité à la fois par le bon grain et par l’ivraie. Seule la Vierge Marie fut préservée de toute ivraie, comblée de toute grâce. Le coeur de Pierre était, tout à la fois, mêlé de générosité, de foi intense, et aussi de vantardise, d’orgueil, de peur, capable de renier à trois reprises son Maître.

Pourtant, Jésus a choisi, pour poursuivre sa mission et fonder son Eglise, des hommes ordinaires marqués par le péché. C’est sur ces hommes ordinaires qu’il a posé son regard d’amour: « Viens, suis-moi. Je ferai de toi un pécheur d’hommes ».

Pierre est habité par un tempérament fougueux, qui lui permet de deviner, sous la notion de l’Esprit Saint, le mystère même de la personne de Jésus: « Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant » ! Jésus le félicite: « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas. Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ».

Une telle révélation ne l’empêche pas, quelques moments plus tard, de dérailler, de s’opposer à Jésus lui-même qui annonce qu’il doit monter à Jérusalem, « souffrir beaucoup de la part des Anciens, des grands prêtres, être mis à mort et, le 3è jour, ressusciter ». Le sang de Pierre ne fait qu’un tour; il réprimande Jésus: « Non, cela ne t’arrivera pas ! Dieu t’en préserve » !

Par tempérament, Pierre se croit fort, plus fort que ses frères. « Si les autres t’abandonnent, si tous tombent à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais »!

Frères et soeurs,

Vous connaissez tous la réponse, la mise en garde de Jésus: « En vérité, je te le déclare, cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois ». Devant quelques servantes du gouverneur Pilate, Pierre ne se souvient plus de ses belles et généreuses promesses: « Je ne connais pas cet homme » ! Ô Pierre, que dis-tu? Pareil mensonge est-il possible ? Après la Résurrection, la miséricorde de Jésus rétablira merveilleusement toute chose: « Pierre ! Pierre ! Pierre ! M’aimes-tu vraiment » ? La vantardise, l’orgueil de Pierre ont disparu: « Seigneur ! Seigneur ! Toi qui sait tout, tu sais bien que je t’aime » ! Jésus rétablit Pierre, sans aucune hésitation, dans sa charge de pasteur suprême du troupeau de son Eglise.

Les limites de l’apôtre Pierre étaient apparues également après la multiplication des pains (Matth 14, 13-21). Jésus oblige les apôtres à remonter dans la barqud et à le précéder sur l’autre rive. Vers la fin de la nuit, Jésus, marchant sur les eaux, rejoint la barque des disciples balottée par toutes sortes de vents contraires. Les disciples paniquent, poussent des cris. Jésus les rassure: « Confiance ! C’est moi, n’ayez pas peur » ! Alors, Pierre lui dit: « Seigneur, si c’est bien toi -encore un doute-, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux ». Jésus accepte sa demande et lui dit: « Viens ! » Descendant de la barque, Pierre marche sur les eaux. Remarquant le vent, il a peur, et commence à couler. Homme de peu de foi. Pourquoi as-tu douté?

Pierre s’est donc risqué sur les eaux à la rencontre de Jésus. Image vivante de la condition de tout croyant, tout croyant partagé entre la foi qui le porte et le doute qui le fait s’enfoncer, le poussant à crier: « Seigneur, sauve-moi » !

La solennité de la fête de Pierre, que nous célébrons aujourd’hui, souligne la fragilité de celui à qui le Seigneur Jésus va confier son Eglise, et en même temps assurer Pierre que la présence de Jésus ne manquera jamais à son Eglise ». « Les portes de l’enfer ne pourront rien contre elle ».

Frères et soeurs,

Comment ne pas nous reconnaître, chacun de nous, sous les ardeurs de Pierre pour promettre tout à Jésus, et réaliser si peu ! Pourtant, Jésus, aujourd’hui en 2017, nous confie son Eglise, nous crie à chacun : « Lève-toi et marche. N’aie pas peur, je suis près de toi ».

Quand Pierre remonte dans la barque avec Jésus, le vent se calme. Voici que tous les passagers de la barque-Eglise se prosternent, pour prononcer la première profession de foi: « Vraiment tu es le Fils de Dieu » !

Aujourd’hui, frères et soeurs chrétiens de la paroisse Saint Pierre, c’est vous tous qui êtes engagés dans cette Barque-Eglise (la barque, forme de l’église Saint Pierre de Libreville, ndlr). C’est vous tous que l’Esprit de Pentecôte saisit et envoie proclamer la Bonne Nouvelle de la Résurrection du Seigneur. Soyez plein d’audace à la suite de votre saint Patron, l’apôtre Pierre. Criez votre foi: « Nous ne pouvons pas, quant à nous, taire ce que nous croyons et confessons ». « Celui qui a été arrêté, condamné, crucifié, mis à mort, Dieu le Père l’a ressuscité d’entre les morts ».

C’est nous qui proclamons cette Résurrection ! C’est nous qui affirmons qu’il est vivant, après être morr pour nous, voici plus de 2 000 ans. C’est lui qui nous habite et nous fait vivre. En lui, et en lui seul, nous puisons la force de la persévérance, la force de la fidélité à notre baptême reçu au sein de l’Eglise Catholique, née du côté transpercé de Jésus, arrosée du sang des apôtres Pierre et Paul, des martyrs de Rome, des martyrs du Gabon: l’abbé Jacques de Njolé, l’abbé Aloyse Mounanga de Mimongo, l’abbé Jacques Pasquier d’Oyem; arrosée de la sueur des confesseurs de la Foi: Mgr Bessieux, Mgr Raponda Walker, mère Cécilia, soeur Amparo, apôtre des lépreux, Estelle Satabin, soutien des malades mentaux et des indigents à l’hôpital de Melen. Confesseurs aussi la foule immense des catéchistes qui ont évangélisé les villages du Gabon, véritables bras droits des prêtres.

Frères et soeurs,

Soyons fiers de notre Eglise Catholique. Ne la désertons pas. Nous avons nos héros de la Foi. Nous-mêmes, laissons-nous travailler par l’Esprit de Pentecôte. Alors, chacun de nous pourra dire la parole de Paul: « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi » !

Amen !

 

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