Jubilé 175 ans/ Message de solidarité du Président du SCEAM, Philippe Cardinal OUEDRAOGO

Jubilé des 175 ans de présence catholique au Gabon. Retour sur l’un des temps forts des interventions: le message de solidarité du Président du Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM), Son Eminence Philippe Cardinal OUEDRAOGO, Archevêque métropolitain de Ouagadougou (Burkina Faso).

175è ANNIVERSAIRE DE LA FOI CATHOLIQUE AU GABON

MESSAGE DE SOLIDARITE DU PRESIDENT
DU SYMPOSIUM DES CONFERENCES EPISCOPALES D’AFRIQUE ET DE MADAGASCAR  (SCEAM)
PHILIPPE CARDINAL OUEDRAOGO
ARCHEVEQUE METROPOLITAIN DE OUAGADOUGOU (BURKINA FASO)

Excellences Messeigneurs les Evêques de la Conférence Episcopale du Gabon et les Evêques des Eglises soeurs ici représentées
Excellence Monsieur le Premier Ministre du Gabon
Autorités administratives, politiques, judiciaires, militaires et diplomatiques
Représentants des différentes confessions religieuses et coutumières
Chers prêtres, religieux(ses), catéchistes
Chers frères et soeurs en Christ

A tous, grâce et paix de la part de Dieu notre Père et de notre Bien-Aimé Seigneur jésus-Christ (Phil. 1, 2)

Au nom des évêques d’Afrique et de Madagascar, je voudrais tout d’abord féliciter chaleureusement les membres de l’Eglise-Famille-de Dieu au Gabon ainsi que tous les autres Gabonais, pour la célébration du Cent soixante quinzième anniversaire de l’Evangélisation catholique dans votre si beau pays.

Voici en effet 175 ans que la première Sainte Messe fut célébrée sur le sol gabonais. C’était le 29 septembre 1884. Dès lors, l’impact positif du catholicisme dans le pays a été démontré par le grand nombre de fidèles chrétiens.

La splendide croissance et les réalisations de l’Eglise catholique au Gabon ont été, comme vous le savez, l’oeuvre des missionnaires qui ont bravé les mers et escaladé les côtes de ce pays, souvent dans des circonstances pénibles et dangereuses pour apporter la Bonne Nouvelle du salut aux Gabonais; ce sont essentiellement les Pères de la Congrégation du Saint Esprit. et le sol sacré du Gabon, comme de bien autres nations de notre continent est, selon l’expression du Pape Saint Jean-Paul II:

« Parsemé de nombreuses tombes de ces vaillants hérauts de l’Evangile« .

Oui! Ils ont porté la mission évangélisatrice avec volonté, désintéressement, sans se soucier du prix à payer.

Il s’agit là d' »une histoire que nous ne devons pas oublier; elle confère à l’Eglise locale la note de son authenticité et de sa noblesse, la note « apostolique ». Cette histoire est un drame de charité, d’héroïsme, de sacrifice qui fait de l’Eglise africaine, depuis les origines, une Eglise grande et sainte » (Ecclesia in Africa n° 35-36).

Les racines profondes de l’Eglise catholique et l’impact positif du catholicisme au Gabon est en outre le fruit des efforts cumulatifs, persistants et dévoués, passés et présents, de génération de l’Evangélisation. Et puisque nous célébrons les 175 ans du catholicisme dans votre pays, nous devons nous souvenir de toutes ces personnes.

Aussi, au nom du Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM), je suis particulièrement honoré de prendre la parole « pour exprimer notre dette de reconnaissance envers tous les prêtres, les consacrés, les religieuses, les catéchistes et tous les laïcs engagés, hommes et femmes, qui ont semé généreusement la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, et ont travaillé sans relâche, pour faire connaître son nom au Gabon » (Message du Pape François à l’Eglise du Gabon, au cours de la messe d’ouverture du 175è anniversaire de l’Evangélisation, septembre 2018).

Frères et soeurs dans le Christ, le Jubilé des 175 ans de la foi au Gabon ne prend sa pleine signification que s’il devait revigorer votre engagement et votre responsabilité à maintenir actif et même à pousser plus avant le solide et courageux travail d’évangélisation déjà opéré. En effet, et en dépit de toutes les réalisations de votre Eglise, la justice, l’unité des fils et filles du pays, la paix et la concorde, la tolérance et le vivre-ensemble, de même que l’égalité de tous les citoyens devant la Nation… toutes choses qui sont les fruits de l’Evangile, demeurent toujours d’énormes défis à relever et à atteindre dans ce pays. A l’instar d’autres pays de la sous-région de notre Afrique, le Gabon abonde en pétrole et en bien d’autres ressources naturelles, mais une proportion importante de la population est scandaleusement maintenue dans la pauvreté.

Or, « inégalités, pauvreté et injustice sont des signes non seulement d’un profond manque de fraternité, mais aussi de l’absence d’une culture de solidarité« .

Cela nous invite tous à intensifier les efforts en vue d’une solidarité active et agissante, celle qui nous engage principalement à valoriser nos semblables et à respecter ce que chaque homme est, en tant que personne humaine. Nous avons tous ici le devoir de construire une nation ou « une communauté qui permet à chacun d’atteindre son plein potentiel, respectant la dignité, les droits et les responsabilités de chacun, faisant du monde un endroit vivable » (Sollicitudo rei socialis, 1987).

Dans la même perspective, tout Gabonais est instamment invité à bien inscrire dans sa mémoire l’idée que chaque citoyen, qu’il soit chrétien, musulman ou adepte de la religion traditionnelle, est avant tout un enfant de Dieu. Et en conséquence, tout doit être mis en oeuvre pour gommer la haine, et pour chercher à résoudre les différends qui peuvent survenir, par un dialogue franc et sincère, dans le but de mettre fin à toute forme de violence autour de soi. C’est aussi dans ce même esprit qu’au cours de son homélie au Mozanbique, le 6 septembre 2019, le Pape François exhortait les fidèles en ces termes:

« Aucune famille, aucun groupe de voisins, aucun groupe ethnique, encore moins aucune nation, n(a un avenir si la force qui les unit, les rassemble et résout leurs différends, c’est la vengeance et la haine… chaque personne a droit à la paix« .

De facto, c’est à l’Etat que revient la responsabilité première de la paix et cela dans tous les pays. Puissent les dirigeants de nos Nations africaines assumer pleinement cette responsabilité de première importance, et être d’authentiques et dévoués serviteurs du peuple.

Frères et soeurs, prenez en compte le Message à la messe d’ouverture du Jubilé: « Nous appelons solennellement tous les chrétiens au Gabon, en particulier les catholiques, à approfondir leur attachement à Jésus-Christ… à persévérer dans la foi chrétienne, à se renouveler dans l’amour et le service des frères… pour être fidèles à la volonté de Dieu, et toujours prêts à répondre à son appel dans un service désintéressé. Enfin à continuer à être unis pour proclamer la joie de l’Evangile, pas seulement par des paroles, mais aussi par le témoignage de la vie ou par une conduite exemplaire » (Message du Pape François à l’eglise du Gabon, au cours de la messe d’ouverture du 175è anniversaire de l’Evangélisation, septembre 2018).

De la même façon, nous invitons tous les agents pastoraux du Gabon (évêques, prêtres, religieux, religieuses, catéchistes et laïcs) à se réengager en vue de semer la foi. Ce faisant, vous devez, face aux besoins des personnes, en particulier les pauvres, dans cette vie, et non seulement comme l’a demandé le Pape François, pour les préparer pour l’éternité. Nécessité en particulier pour tous d’avoir accès à une bonne éducation, à la santé et à un emploi.

Le Saint Père ajoute que la défense de la personne humaine est un autre aspect de notre responsabilité pastorale et que:

« Pour être des pauvres selon le coeur de Dieu, nous devons être les premiers à choisir de prêcher l’Evangile aux pauvres. En d’autres termes, dit-il, nous avons le devoir particulier de protéger et de rester proches des pauvres, des marginalisés et des tout-petits, des enfants er de plus vulnérables, les immigrés, des victimes d’exploitation et de maltraitance » (Discours aux évêques de Madagascar, 7 septembre 2019).

Et enfin, à l’adresse de tous les autres Gabonais, en particulier les jeunes:

« Cet anniversaire devrait être l’occasion de vous rappeler de l’amour de Dieu pour tous, et de comment chacun de vous est précieux à ses yeux« .

Nous vous encourageons à rechercher le bien et à vous battre pour lui, non seulement pour vous-mêmes mais aussi pour les autres.

« Fuyez les tentations qui peuvent vous éloigner de Jésus-Christ et de son Evangile » (Adresse à la jeunesse de Madagascar, 7 septembre 2019)

En conclusion, frères et soeurs gabonais, le Jubilé des 175 ans d’Evangélisation constitue un appel pressant, un nouveau départ, qui vous engage tous individuellement et collectivement, pour poursuivre l’oeuvre initiée par les missionnaires et bâtir une Eglise-Famille de Dieu vivante, sainte et missionnaire!

« Duc in altum » « Allez toujours au large« ! « En eau profonde« !

Que la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Jésus-Christ et notre Mère, Etoile de l’Evangélisation, soit votre modèle et votre réconfort dans cette oeuvre à vous confiée, et qu’elle intercède maternellement pour vous.

A tous et à toutes, heureux et saint Jubilé!

+ Philippe Cardinal OUEDRAOGO
Archevêque Métropolitain de Ouagadougou
Président du SCEAM

 

 

 

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