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La Déclaration du Foyer de Charité
Suite aux événements qui se sont déroulés au Gabon le lundi 07 janvier 2019. Déclaration de l’archevêque métropolitain de Libreville, Son Excellence Basile MVE ENGONE devant la presse nationale et internationale ce mercredi 09 janvier 2019 aux environs de 12h.

Chers fidèles du Christ, chers gabonais, vous tous amis de notre pays et vous hommes et femmes de bonne volonté, la paix soit avec vous !

L’année du Jubilé des 175 ans de l’évangélisation de l’Église catholique du Gabon est source de grâce et de joie pour chaque habitant de notre pays. C’est une occasion inouïe pour les fils et filles de notre pays de goûter à la joie immense d’avoir été les premiers en Afrique subsaharienne à faire l’expérience de l’évangile de paix et d’amour qu’annonçait Jésus-Christ, Fils de Dieu, il y a 2000 ans. Nous ne cesserons pas d’en rendre grâce à Dieu !

Cependant, l’événement du lundi 07 janvier 2019 qui a secoué notre pays le Gabon en particulier et la période difficile que nous traversons en générale, marquée par une crise économique, sociale et politique couvrant l’avenir d’incertitude pour tant de nos concitoyens, il est de mon devoir de m’adresser à vous. Ayant reçu de Jésus-Christ, Prince de la paix, la mission d’être pasteur du peuple de qui est dans l’Archidiocèse de Libreville, je voudrai vous dire ma proximité en ces temps où s’amoncèlent les nuages de tristesse et d’angoisse à l’horizon de notre « maison commune ».

C’est pourquoi, je voudrai attirer votre attention sur la nécessité de préserver le Bien commun et le vivre-ensemble gabonais, bâtis depuis plusieurs décennies sur les valeurs de la fraternité et de la solidarité, et de rappeler quelques vertus inhérentes à la fonction du politicien qui, selon notre point de vue, si elles échappaient à nos politiciens, le péril de notre nation serait inévitable.

Le Gabon est notre « maison commune ». N’ayant pas un pays de rechange, nous devons protéger son intégrité, son indivisibilité et sa souveraineté. C’est le lieu de dénoncer avec force tout ce qui divise et confine les uns et les autres dans les enclaves sociologiques ou politiques. Nous nous fragilisons ainsi et humilions notre pays en cédant à l’infamie des « sorciers » cités dans notre hymne national, « ces perfides trompeurs qui semaient le poison et répandaient la peur ».

Nous devons poursuivre l’effort de notre « vivre-ensemble » indispensable à tous les gabonais, et ouvert à d’autres moins nantis que nous. Les difficultés présentes, au lieu de nous recroqueviller sur nous-mêmes, sont une occasion pour apprendre à mieux nous connaître, mieux nous apprécier, mieux nous aimer et mieux nous ressaisir : c’est la voie de notre véritable concorde et de notre paix.

Les sociétés modernes accordent une place prépondérante à la politique. Si à l’origine, faire de la politique désignait un service désintéressé de la société pour le compte du peuple souverain, aujourd’hui elle devient quête de pouvoir personnel et conservation sans partage de celui-ci, au détriment du peuple. Selon le pape François, lors de son message de la Journée Mondiale de la Paix, le 1er Janvier 2019 : « La recherche du pouvoir à tout prix porte à des abus et à des injustices ». Sans doute pense-t-il à ces politiciens qui ont fait de l’arène politique le lieu des sévices et des mascarades. Une telle politique politicienne met à mal l’équilibre de notre société te fragilise considérablement notre bien-être.

Il nous faut faire de la politique autrement. Il faut la faire responsablement, en tenant compte du bien de tous, en protégeant nos concitoyens et en rendant possible un avenir meilleur pour tous. Cela n’est réalisable qu’à trois conditions que cite le pape François dans son message : le respect fondamental de la vie, de la liberté et de la dignité des personnes.

Le politicien qui tourne le dos aux vices de l’égoïsme et de la prédation, et qui emprunte le chemin de la vertu, peut être dit « heureux » de cette béatitude qui consacre son œuvre humaine en charité vraie pour ses concitoyens. Plusieurs chemins de vertus peuvent être empruntés pour contribuer de manière significative à la vie de la nation. Le pape François, pour les nommer, suggère de nous référer aux « Béatitudes du politique » proposées par le cardinal vietnamien François NGUYEN VAN THUAN, mort en 2002 :
« Heureux le politicien qui a une haute idée et profonde conscience de son rôle.
Heureux le politicien dont la personne reflète la crédibilité.
Heureux le politicien qui travaille pour le bien commun et non pour son propre intérêt.
Heureux qui reste fidèlement cohérent.
Heureux le politicien qui réalise l’unité.
Heureux qui s’engage dans la réalisation d’un changement radical.
Heureux le politicien qui sait écouter.
Heureux le politicien qui n’a pas peur. »
La bonne politique est au service de la paix. C’est dire qu’au Gabon, aujourd’hui plus qu’hier, nous devons chercher à préserver la paix, l’unité et la cohésion sociale. Disons donc « non » à toute forme de violence (physique, verbale, émotionnelle). Les yeux levés, « encourage l’ardeur qui vibre et nous soulève », disons « non » à toute peur.
Que Dieu nous bénisse et qu’il bénisse le Gabon, notre cher pays.

Son Excellence Mgr Basile MVE ENGONE
Archevêque Métropolitain de Libreville

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